Dans le même bateau

Lorsque j’annonce à mes proches que je pars pour un pèlerinage en Terre Sainte les gens me souhaitent bonne vacances ou bien me disent : reposez-vous M. le curé, profitez-en bien!

Tout cela me touche mais en même temps me fait réfléchir sur le sens que je donne à accompagner des groupes pour leur faire vivre des pèlerinages. Cela m’amène toujours à me poser la question : pourquoi j’organise ce genre d’expérience?

Pour moi un pèlerinage c’est une grande aventure qui m’amène à méditer sur le sens même de ma vie et comment ma foi en est le fondement.

Nous portons tous de grands questionnements à l’intérieur de nous. En ce sens nous sommes tous dans la même barque, le même bateau, celui de la vie. Où va notre vie, dans quel sens le vent nous entraine-t-il? La vie va vite comme on dit souvent. Le temps passe à une vitesse vertigineuse et nous sommes souvent étourdis, pressé par ce temps. Nous n’avons pas le temps de comprendre où nous mène le temps. Voilà pourquoi un pèlerinage devient une source extraordinaire pour s’arrêter, pour prendre du bon temps. Un peu comme Jésus disait à ses amis : Venez à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu. (Marc 6, 30-33)

Un pèlerinage c’est un temps que je me donne pour aller à l’écart, pour prendre une distance du tourbillon de ma vie. Je ne vais pas perdre mon temps, je vais plutôt apprivoiser le temps. Bien sur on se repose physiquement, mais surtout psychologiquement.

Un exemple : À travers les temps de recueillement que nous prenons sur le mont des Béatitudes pour se laisser imprégner du silence sacré de cette montagne où Jésus a enseigné l’essentielle de son message à la foule et devant le paysage grandiose du lac de Galilée qui s’offre à nous. Durant une marche de silence où nous avons le temps de réfléchir, de méditer sur notre vie, sur nos proches, sur ce qui nous affecte, sur ce qui nous fait souffrir ou nous fait vivre…et bien ce temps de repos et de distance avec notre quotidien nous permet de remettre les pendules de notre cœur à l’heure de l’équilibre, de la vérité et de l’amour en nous.

Dans une société où le jour du Seigneur (dimanche) a perdu de sa saveur parce qu’on ne prend plus le temps de se reposer ou de s’arrêter comme nous l’enseigne la bible il est souhaitable de se donner des moyens originaux pour prendre le temps de s’abreuver à ce grand mystère de vie en sortant du temps de temps en temps.

Un pèlerinage ne se réduit pas seulement à une vacance mais à une expérience d’une richesse insondable qui ouvre des espaces de lumières, de paix, de vérité, de joie et de bonheur en nous. A travers les enseignements d’une guide chevronnée qui respecte le cheminement de tout le monde, chacun peut y aller à son rythme. Personne n’est brusqué. Je me rappel d’un homme qui disait venir en Terre Sainte pour faire plaisir à son épouse. Au fil des jours, des visites des lieux saints et des explications de notre guide, il s’ouvrait de jour en jour à quelque chose de nouveau en lui. Sa participation active lui a permis de vivre ce pèlerinage pour lui même et cela l’a marqué pour toujours.

Dans un pèlerinage il y a aussi des temps de prière et de silence à des endroits significatif. Comme par exemple cette eucharistie célébrée dans la grotte des bergers à Bethléem. C’était bizarre de chanter des chants de Noël en février mais en même temps nous avons pris conscience de l’humidité et de l’inconfort de ce lieu où Marie a du mettre au monde son fils. Peu importe si c’est le lieu historique de la naissance de Jésus, car rien ne ressemble plus à une grotte qu’une autre grotte dans ce champ des bergers. La parole venait nous toucher profondément et nous mettre en communion avec le sens même de nos propres fragilités et pauvretés intérieures où nous avons à faire une petite place au Seigneur dans notre grotte intérieur.

Je termine en vous disant qu’un pèlerinage c’est un appel à aller au fond de soi-même et que tout le monde peut vivre cette expérience, il s’agit de le décider et de prendre notre bâton de pèlerin pour aller vers ce pays intérieur de notre vie où ruissèle le lait et le miel.

 

Daniel Gilbert, prêtre au diocèse de Sherbrooke, guide spirituel de l’Assemblée des Ordinaires Catholiques de la Terre Sainte et prêtre-accompagnateur pour Spiritours. (www.spiritours.com)

 

19 h 54 min - Publié par Anne Godbout

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