L’art de la compassion Thaïlande, Laos et Cambodge 2010

(finaliste de notre concours 15ème anniversaire, catégorie 1; comment un voyage de Spiritours a transformé votre vie)

Ma soeur jumelle venait de s’inscrire à ce voyage et m’en avait fait part. Je la trouvais chanceuse de pouvoir y aller et elle me lança comme ça, viens avec moi ! Ma première réaction était que je ne pouvais y aller, je venais de perdre mon emploie et ce n’était certainement pas prévu comme dépense essentielle à cette période critique de ma vie. Mais il y avait cette petite voix intérieure, à peine perceptible, qui insistait, elle, pour que j’y aille moi aussi. Elle était cependant supplantée par une autre qui me répétait sans cesse que cela n’était pas raisonnable du tout et d’oublier ça, point à la ligne.
Pourtant, à la minute où j’ai ressenti que cela pouvait avoir sa raison d’être, la vie a fait en sorte de répondre à mon souhait comme par magie. L’ex de ma soeur s’organisa pour que mon billet passe sur ses points et le reste est venu de mon ex-conjoint ! Bizarre la vie non ? Jamais je n’aurais pensé à cette possibilité, mais la vie oui. Ça y est nous partons ensemble à la découverte de l’Indochine !Sur le vol Montréal-Dallas, nous étions assises à côté d’un homme qui allait travailler dans cette ville. Moi qui habituellement n’est pas bavarde avec des inconnus, je me suis mise à lui poser pleins de questions sur sa vie et sa situation de célibataire, car je sentais bien que ma soeur avait le béguin et n’osait pas l’aborder. Nous avons beaucoup ri et il avoua à sa sortie de l’avion que c’était bien la première fois qu’il parlait à coeur ouvert à de pures inconnues, tiens, tiens …

Arrivées en Asie, nous sommes littéralement tombées sous le charme du jeu des intentions du jour qu’Anne nous demandait de faire chaque matin. Celle qui m’a le plus chavirée, est la fois où nous avons opté de sourire à chacune des personnes que nous allions rencontrer dans un petit village en bordure du Mékong. Tout un défi pour des occidentales qui sommes tellement dans nos têtes que nous voyions à peine qui nous croisons sur le trottoir, et encore moins, de prendre le temps de les regarder vraiment.
Le défi s’est manifesté aussitôt débarqué car un groupe d’enfants sortant de leur école afflua sur nous. Au lieu de regarder la masse d’étudiants dans sa globalité, je me suis mise à les regarder un à un dans les yeux et à leur sourire. Tout à coup, un défilé de belles dents se déployait comme une filé d’étoiles devant moi, c’était magnétique ! Au début, j’avoue que j’étais très gênée et j’entendais la voix de ma mère (tiens … une autre voix décidément) me dire comme lorsque j’étais enfant « ne parle jamais à un étranger ! Jamais ! M’as-tu compris ? » Cependant plus je souriais, plus la voix s’éteignait, et plus je me sentais connecter à une énergie bienveillante, je n’avais même pas besoin de parler, de toute façon mon Thai est pourri, non, c’était plutôt le cœur qui communiquait ! Je vibrais !

Puis il y a eu cette journée où nous allions à l’orphelinat porter des couvertures aux enfants. Les photos de visages que j’ai prises ornent encore les murs de ma maison. J’ai ressenti de la joie et mon cœur d’enfant s’est remis à battre. En sortant, je sautillais comme je le faisais au temps de l’insouciance. Je ne pouvais pas croire que c’est eux qui m’ont rappelé ce quelque chose d’aussi
important que j’avais enfouie au plus profond de moi, puisque je suis grande maintenant et que les grands ne s’amusent plus, il faut être sérieux et réfléchis. Au Floating Village, la même chose s’est reproduite, tous ces enfants qui nous accueillaient comme des stars avec qui nous avons joués, intrigués de nous voir, et nous, de les entendre rire aux éclats. Ils étaient bien plus heureux que moi. Je les photographiais et leur montrais leurs petites binettes aux larges sourires et j’étais étonnée de toute cette joie qui s’y dégageait …
Tout de ce voyage me faisait réaliser que la richesse se retrouve bien plus dans l’Être que dans l’Avoir. J’ai reconnecté avec la joie, c’est aussi simple que cela ! Pleins de moments sont restés à jamais gravés dans ma mémoire, je dirais même plus que cela, je ressens encore cette joie rien qu’à me rappeler de tous ces moments de pur bonheur. Un café à une terrasse le soir dans la capitale de la Thaïlande où la chanson One night in Bangkok nous trottait dans la tête en ver d’oreille. La descente en bateau sur le Mékong où je pouvais mettre en mots ce que je venais de vivre dans un petit cahier, avec comme fond d’écran ces merveilleux paysages dont les orpailleuses ramassant l’or dans leur tamis, les buffles d’eau rassemblés pour nous regarder passer, ces temples d’un autre temps qui se manifestaient dans mon champ de vision, ce thé au jasmin que je dégustais comme si je venais de découvrir comment se boit un thé; une gorgée à la fois, tout en la savourant par chacune de mes papilles, en étant ici et maintenant, dans cet instant précis, loin de ma vie quotidienne, cette vie qui me semblait tout à coup si lointaine et qui pouvait bien attendre ! Quelle sensation de liberté que d’être dans la contemplation où le temps n’existe plus. Nous avons reconnecté avec notre enfant intérieur et le sommes restées depuis. Mais il a fallu revenir de ce périple avec ma jumelle.

Quelques jours après, ma sœur a osé et est entrée en contact avec ce mystérieux inconnu, qui est devenu peu de temps après son copain, et moi j’ai eu l’audace avec l’aide de mon conjoint, de monter une exposition photos dans ma ville, pour une amateure c’est pas mal non ? Je suis sortie à plusieurs égards de ma zone de confort depuis ce voyage car il me sert de repère lorsque j’hésite à faire une folie !
Aujourd’hui quand j’y pense, j’ai bien fait de ne pas avoir écouté cette voix, vous savez celle qui doute toujours et qui fait de l’interférence sur nos désirs les plus profonds. J’ai dit OUI à cette opportunité, même si au départ c’était insensé, car je m’en voudrais tellement d’avoir été sage et raisonnable comme à mon habitude, puisque ma jumelle m’a encore fait une surprise, en prenant cette fois un tout autre billet pour l’ultime voyage, vers une destination où elle m’attend maintenant sur son nuage …
On ne sait jamais ce que la vie nous réserve, je le dis et le redis depuis ce temps, qu’il ne faut pas remettre à plus tard nos rêves car on ne peut prévoir ce que cette énigmatique vie nous a réservé. Alors, merci la vie d’avoir conspiré avec l’univers pour la réalisation de ce voyage, et un thé au jasmin pour toi ma sœur que je savoure désormais une gorgée à la fois ! laew phob kan maï

Carole Munroe

14 h 51 min - Publié par Anne Godbout

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