Le chemin vers Saint-Jacques de Compostelle

La spiritualité sur le camino


Nombreux sont ceux qui, partis en randonneurs, se déclarent pèlerins à l’arrivée devant la cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle. Au départ de mon périple, je n’avais que deux attentes. Je voulais me dépasser physiquement et aller le plus loin possible au fond de moi-même. J’étais habité par ce besoin du dépassement, je voulais aller au delà de mes peurs, de mes faiblesses, de mes limites. Je n’avais aucune idée comment tout ça allait se réaliser, mais je partais confiant étant assuré que les seules issues possibles seraient, d’une manière ou d’une autre, positives.

Porté par l’euphorie des premiers jours reliée à une liberté toute nouvelle, au contact avec la grande nature, à la grandeur du défi relevé, à la beauté des paysages et des personnes rencontrées, j’ai marché les premières centaines de kilomètres un peu comme un touriste, comme un randonneur, comme un sportif.

Après une dizaine de jours, j’ai commencé à sentir la graduelle descente dans mon pays intérieur. À partir de là, j’ai compris que ce n’est qu’au fil de longues journées de marche et de silence que s’amorce la descente au plus profond de soi. Il faut marcher, seul avec soi-même, plusieurs kilomètres par jour, pendant plusieurs jours pour jouir des bienfaits de la démarche entreprise.

Faire la route vers Saint-Jacques de Compostelle, c’est choisir de faire une pause dans sa vie, dans le train-train quotidien, pour prendre le gros risque d’entendre et d’écouter la vie. C’est se mettre en mode « écoute ». C’est se donner suffisamment de temps pour aller loin, très loin sur la route et au fond de soi.

La Vie nous parle toujours et partout. Peu importe où nous sommes, peu importe ce que nous faisons, la Vie nous parle. La déficience est dans notre capacité d’écoute. La vie nous charrie de plus en plus vite, dans un tourbillon de plus en plus rapide, dans un tintamarre de plus en plus fort et dans des activités de plus en plus vides de sens.

Un jour quelqu’un a écrit un livre auquel il a donné le titre : »Arrêtez la terre de tourner, je veux descendre ». Sur la route vers Compostelle, j’ai arrêté de tourner et je suis descendu.

Faire Compostelle, c’est s’ouvrir au changement, c’est accepter qu’on ne sera plus le même à la fin du parcours. C’est accepter aussi que ce changement nous habitera jusqu’à la fin de nos jours.

À quatre occasions, dans mon carnet de bord, j’ai écrit que j’avais rencontré le Christ. Plus loin, j’écrirai que j’ai rencontré aussi les apôtres.

Le Christ que j’ai rencontré n’était jamais costaud, fort, puissant, imposant… Il était toujours rempli de bonté, de douceur, de générosité, d’humilité, de simplicité, d’ouverture, d’amour et d’humour.

Ma première rencontre s’est faite à Grañon, un village grand comme ma main où le refuge jouxtait l’église, deux bâtiments vieux de mille ans. Un couple de Français nous y accueillait et nous offrait le gîte, le souper et le déjeuner. madame Michèle et monsieur Henri se mettaient entièrement à la disposition des pèlerins (on les appellent hospitaleros). Sur le couvercle d’une jolie boîte de bois ouverte, apparaissait l’inscription suivante :

« Donne si tu peux,

Prends si tu as besoin »

Il y avait dans cet endroit une énergie toute particulière.

Quelques jours plus tard, j’étais au refuge de Hontanas et, dans une de ces discussions qui meublaient nos fins de journée, une jeune prêtre de l’Église luthérienne de Norvège me dit après que je lui aie raconté cette rencontre du Christ à Grañon : »Peut-être ces gens en qui tu as rencontré le Christ, ont-ils aussi rencontré le Christ en toi ? ». Cette réaction m’a impressionné et m’a laissé un moment silencieux. J’en ai encore des frissons quand je me rappelle cette épisode de mon périple. Je venais de rencontrer le Christ pour une deuxième fois.

La troisième rencontre a eu lieu quelques étapes plus loin, dans un coin perdu qui s’appelait joliment Bercianos del real camino, un autre de ces petits villages situés au milieu de nulle part, comme en plein désert. Je suis arrivé là épuisé par la chaleur et par les 5 ou 6 kilomètres que j’ai marché en trop, cette journée-là, après avoir pris la mauvaise route, une fois de plus. Mme Françoise, un Française toute fragile, y agissait comme « hospitalera ». Quand elle nous a vu venir de loin, elle est venu à notre rencontre pour s’enquérir de notre forme et pour nous offrir à boire et à manger. Antonio, un Montréalais, et moi avons été charmé par son accueil et avons décidé d’y élire domicile pour la nuit, en dépit du fait que nous allions coucher dans le fenil d’une étable. J’y ai vécu une des meilleures nuits de mon long séjour sur le camino.

Dans un restaurant d’une jolie petite ville du nom de Palas del rey, avant de quitter, j’ai laissé dans le livre d’or de la maison le message suivant : « Sur ma route, j’ai quelques fois rencontré le Christ; je viens de le rencontrer pour la quatrième fois dans le personnage d’un « camerero (serveur de restaurant). » Comme les autres, il se distinguait par la simplicité et la grandeur d’âme qui l’animaient.

Dans mon carnet, j’ai aussi noté que j’avais rencontré les apôtres à Ligonde, un petit coin perdu en pleine forêt. Une maison seule, délabrée, que huit jeunes femmes et hommes travaillaient à retaper, pour en faire un refuge, tout en accueillant les pèlerins qui passaient, leur offrant eau, thé, café, biscottes, réconfort et messages religieux sous forme de brochures et de cassettes. Ils m’ont expliqué qu’ils étaient Américains et qu’ils étaient là dans le cadre du programme Agapê, pour une période de trois semaines. Depuis ce temps, l’idée germe dans ma tête de faire une expérience semblable avec un groupe de chez-nous.

Le camino francés traverse des villes où il y a des églises et cathédrales magnifiques. Pourtant, vous aurez remarqué que ce n’est pas là que j’ai fait les rencontres qui ont marqué mon pèlerinage. Ces bâtiments sont majestueux; ils recèlent des trésors historiques et architecturaux, mais j’y ai très peu ressenti la présence du Christ ou de Dieu.

Voici une anecdote qui illustre ce dernier propos. Quand je suis entré dans la cathédrale de Léon, une des plus belles d’Europe, il y avait sur le parvis une lépreuse, une vraie qui tendait la main (ou ce qui lui en restait). Après lui avoir donné quelques centimes, j’entre en compagnie d’un jeune Américain, Brian. À l’intérieur il y avait un tronc dans lequel on nous invitait à mettre nos dons pour l’entretien de cet immense œuvre d’art et d’histoire. Je m’adresse alors à mon jeune compagnon et lui demande : « Si le Christ était ici, où crois-tu qu’il serait ? » Poser la question, c’était donner la réponse : « Sur le parvis, avec la lépreuse, évidemment. »

Trente deux jours après mon départ, j’arrive devant l’impressionnante cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle. La cathédrale impressionne, mais ce qui est plus merveilleux encore, c’est de rencontrer une à une ces personnes qui viennent de vivre les mêmes expériences, les mêmes découvertes, les mêmes apprentissages, les mêmes émotions, le même chemin que soi, toutes ces personnes que l’on a croisées sur sa route et avec qui on a partagé ne serait-ce qu’un repas, une jasette, un bout de route, un Buenos dias, un sourire, un instant.

Avant le départ, j’avais écrit dans mon carnet de bord plusieurs citations ou petites phrases significatives pour accompagner ma réflexion chemin faisant. En terminant, je vous laisserai sur la première et la dernière de ces citations.

« Le soleil n’est jamais aussi beau que le jour où l’on se met en route » Jean Giono

« Il ne savait pas que cela était impossible, alors il le fit. » Jean Cocteau

Jacquelin Genois

21 h 15 min - Publié par Anne Godbout

2 Responses to “Le chemin vers Saint-Jacques de Compostelle”

  1. Martine Jean dit :

    Bonjour Jacqueline,

    Je t’écris d’Ottawa au Canada. J’ai lu ton témoignage extraordinaire. J’en ai eu les larmes aux yeux. Je fais de petits pèlerinages au Québec à saveur religieuse qui durent 7 jours à raison de 20 à 22 km par jour. Je suis une adepte. Je pense qu’un jour je ferai le saut en Europe pour le Grand Compostelle. J’y songe sérieusement. Vous nous inspirez par vos propos. Je vous en remercie et vous souhaite une bonne route.

    Martine

    • Bertha dit :

      May 10, 2013Si voir une arrive9e e0 Santiago de Compostelle est une chose qui marque, en vivre une est une e9motion d’une telle force que cela reste entisue profonde9ment ancre9 en nous, e0 vie. Ce sont des marches dont on ne revient pas totalement indemne. Cette anne9e, je vais accrocher la photo de cette inconnue au dos de mon sac e0 dos tant elle repre9sente cette force, cette e9nergie qu’il faut aller puiser en soi, au plus profond de soi, pour avancer. Merci pour cette merveilleuse photo.



Vous aimez notre site? Recommandez-le!


Ce blogue est une gracieuseté du Groupe Spiritours