« Que ton amour soit sur nous comme notre espérance est en toi ». (Ps. 32)

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Introduction.

La belle citation, préfiguration littéraire de Jean de la Fontaine, dans Les animaux malades de la peste: ʺ ils n’en mourraient pas tous mais tous étaient atteints ‘’, peut être une illustration parfaite dans le comportement de plus d’un en cette période de la pandémie Covid-19 qui met tout le monde en déroute. Oui,  jeunes et vieux, petits et grands, noirs et blancs, riches et pauvres…. ,tous sommes atteints par une grande  psychose de peur devant ce virus dont les effets, à coût sur, sont dévastateurs.

L’irruption du Covid-19, ce microorganisme infiniment petit de moins de 1mm de diamètre, facilement maîtrisable avec la chaleur et l’alcool à plus de 70 %, dans l’organisme humain réduit et détruit le système de défense possible de l’armée naturelle du corps humain causant ainsi des pathologies graves susceptibles de conduire à la mort.

Mais hélas ! à défaut  d’ une réponse médicale ( moyens curatifs et préventifs) convaincante à l’ heure qu’ il est, de l’ expertise adéquate pour comprendre et saisir exactement  la subtilité de ce  virus  et surtout l’ absence déconcertante de l’ équipement pour y faire face ; la lutte contre le covid-19 ouvre une autre grande brèche  sur des questions existentielles du genre: « où est Dieu pour dédouaner le monde de cette calamité ? » ;« pourquoi peut-il permettre une résurgence d’une telle pandémie qui cause du fil à retordre à l’existence humaine ? ». Certaines langues fondamentalistes vont carrément jusqu’ à la confirmation d’un châtiment divin.

  1. L’amour inconditionnel de Dieu.

Au regard  du récit de la création du monde, le livre de la Genèse (Gn 1,1-2,4) ne nous présente t- il pas une belle image de Dieu qui, non seulement est Père créateur mais aussi celui qui fait toute chose belle pour le plein épanouissement et la bonne réalisation de l’homme ?

Alors cette question existentielle « où est Dieu ? » ou « où est son amour ? » dans cette situation déconcertante que traverse le monde, nous renvoie explicitement au terme de responsabilité consciente de l’homme quant à la gestion du monde lui ayant été confiée, pour l’harmonie et le bon fonctionnement de ce dernier. D’ailleurs, une bonne lecture du récit biblique de la création laisse entrevoir la distinction entre l’homme et les autres créatures. En effet, la différence  est  mise en évidence par le fait que seule sa création est le fruit d’une décision spéciale de la part de Dieu et d’une délibération établissant   un lien particulier et spécifique avec le Créateur : « Faisons l’homme  à notre image, selon notre ressemblance. »(Gn 2, 26)

            A ce sujet, l’anthropologie chrétienne, parmi les repères étiques qu’elle propose, voit en l’homme le « gérant de la création » et partant, « co-créateur ». Au sens fort du terme, l’homme est investi d’une mission et d’un pouvoir  sur cette planète, voire sur l’immensité   du monde visible pour faire toute chose belle pour l’avancement d’une  humanité  meilleure. Certainement, ce refrain du psaume 8 : «  O Seigneur notre Dieu qu’il est grand ton nom par toute la terre » ; cet élan du cœur exprimant la bonacité de Dieu n’a d’autre objectif que celui de faire entendre la préséance de l’amour de Dieu pour l’éternité.

 Toutes tentatives de solutions pour résorber, dans le temps, cette pandémie de covid-19 doivent être vues comme atouts nécessaires qui entrent dans les prérogatives légitimes de l’homme d’ être co-créateur du monde et non comme, la résultante d’ une incapacité alarmante à porter une solution urgente à un problème pressant. Pour cela, entre dans ce même registre ,faits et gestes, attention soutenues à l’ endroit de ceux qui portent le virus et de ceux qui se dépensent pour trouver des voies de solutions, encouragement pour ne pas tomber au désespoir et au fatalisme, la compassion,  la chaîne de solidarité en sachant que quiconque peut éviter ce virus mais tout le monde peut le contracter, la collaboration dans l’ échelle planétaire de tous ceux qui ont compris que l’ homme a reçu de Dieu la mission d’ être acteur  actif et, cela d’ une manière désintéressée pour le renouvellement incessant de la création et non, un spectateur qui subirait les aléas de l’ histoire.

Il est ici question d’une interpellation de taille qui rappelle à l’homme qu’il est tenu à rentrer dans sa vocation première  évitant tout égarement qui porterait préjudice à l’œuvre même de la création. Pour cela, il lui faut une éthique morale rigoureuse dans ses investigations techniques macroscopiques et surtout microscopiques tout en sachant que le primat de la vie à sauvegarder, à tout prix, n’a pas de commune mesure.

Pour le cas d’espèce, s’agissant de Covid-19, n’est-t-il pas permis de croire que l’homme est allé plus loin dans l’investigation de la nature, toute belle créée par Dieu, en manipulant la base génétique fondamentale, susceptible de l’harmonie vitale, jusqu’ à produire quelque chose que lui-même n’arrive pas à maitriser ? Ainsi, avouons-le, la recherche de la maîtrise du monde de l’infiniment petit (monde microscopique) doit amener l’homme à s’ouvrir et à comprendre celui qui est l’infiniment grand, maître et auteur de ce qui est infiniment petit sous réserve de  corriger ce qui est incorrigible.

On peut alors comprendre Lambert Nieme, citant H. Jonas, lorsqu’il constate qu’avec « la technique moderne, on assiste à deux grandes mutations : la transformation de l’agir humain et le fait que même  l’homme devient l’objet de la technique. Celle-ci ne porte plus exclusivement sur le réel extrahumain mais va jusqu’à affecter l’existence au niveau même de sa constitution substantielle »[1] .

Venons-en ici au concept de la liberté. Dieu concède à l’homme dès l’origine une richesse inaliénable qu’est la faculté de jouir de sa liberté. Mais il s’agit d’une liberté responsable qui ne cherche pas, avant toute chose, à assouvir ses rêves les plus fous mais au contraire, à  rechercher la réalisation de ce qui peut contribuer au dessein voulu de Dieu en faveur de l’humanité. Qui plus est, argumente André Lomboloka, « la vrai liberté est la capacité de prendre position en face de l’appel de Dieu en vertu d’une participation à la liberté divine, source de celle de l’homme. Dieu est libre, l’homme l’est aussi. Sa liberté est un don qu’il  reçoit de Dieu par le Christ »[2]. C’est en lui que s’accomplit la loi ». (Rm 10, 4 ; Gal 5,1).

Par contre la liberté ne signifie pas libertinage. En effet, au dire de Jean-Paul II,  une  « conception pervertie de la liberté »[3] favorise la « culture de la mort »[4]. Raison pour laquelle, tout en concédant la liberté à l’homme, Dieu prévient aussi le danger possible pour ne pas sortir du cadre du bonheur et de l’épanouissement: « tu pourras manger de tout arbre du jardin, mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance car le jour où tu en mangeras tu devras mourir » (Gn 3, 16). 

Ainsi, sonna le glas qui doit résonner à temps et à contre temps de notre  existence et, bien plus  en ce moment difficile de la pandémie Covid-19 afin d’user de notre liberté dans le sens de poser des actes responsables et réfléchis qui favorisent la protection et le maintien de la vie. Une liberté qui ne démotive  pas  mais plutôt celle qui tient au respect strict de la valeur et de l’inviolabilité de la vie humaine.

De ce fait, la soif effrénée du développement pris dans son sens de la création du bien- être ne soustrait, en aucun cas, l’homme à son devoir moral de responsabilité à témoigner les uns les autres pour faire barrière à ce fléau planétaire. Nous pouvons également faire mention à toutes les innovations techniques modernes qui portent le souci de résoudre le problème de la productivité abondante, comme le cas des OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) qui, sans peur d’être contredit, causent des dégâts aussi dangereux à l’échelle planétaire.

La question de fond serait alors celle de savoir : « quel est le seuil du tolérable possible à ne pas dépasser pour ne pas se retrouver face à des écueils qui nous portent à remettre en cause la présence et l’amour de Dieu au milieu de nos souffrances ? ».Ceci étant, toute attitude de se défaire du filagramme de la considération de l’homme par Dieu(ne craint pas, tu as du prix à mes yeux, Es 43,1) ouvre le champ à une attitude de fatalisme qui désarmerait l’homme de tous ses atouts de confiance. Confiance en soi (capable de raisonner, d’accepter sa condition et d’assumer en responsable ses actes et de chercher la solution dans la bonne direction), confiance par rapport aux autres (les autres m’aident à comprendre ce que je suis réellement pour la prise des décisions utiles dans la vie) et surtout la confiance en Dieu (toujours présent au rendez-vous de notre vie en nous proposant de bonnes solutions par le biais de notre conscience).

D’ailleurs, un aperçu historique de l’évolution du monde ne nous montre t-il pas que Dieu est toujours présent et chemine avec l’homme dans ses joies et dans ses peines ? Ne crains pas tu as du prix à mes yeux  (Is 43, 1), (Lumen Gentium nº 1) ou « je serai avec vous jusqu’à la fin du temps » (Is 41,10). Combien n’y a-t-il pas eu des pandémies redoutables dans ce monde avec effets dévastateurs comme en témoignent ces chiffres ?

  1. 1320 : épidémie de la peste noire avec conséquence lourde en perte en vie humaine ;
  2. 1520 : épidémie de la variole, entre 2,5 à 3 millions de morts ;
  3. 1620 : une étrange maladie a décimé une grande partie ;
  4. 1720 : la peste de Marseille entre 30000 à 40000 morts sur une population de 90000 habitants ;
  5. 1820 : le cholera avec une dizaine de milliers de morts ;
  6. 1920 : la peste pneumonique ou grippe espagnole. Environ 1000000 de morts ;
  7. 2020 : covid-19, avec en ce jour environ 500000cas des décès selon l’Organisation Mondiale de la Santé.

Eu égard à cette statistique macabre, il y a lieu de se lever et de clamer haut et fort, comme le psalmiste : Ton amour Seigneur est sur nous comme notre espérance est en toi ; car de toutes les pandémies aucune  n’a déjà eu le dessus sur l’œuvre de la création, fruit de l’amour et de la main puissante de Dieu.

Et c’est ici de s’interroger sur la bonne attitude qui caractériserait notre agir afin de lutter ensemble contre cette pandémie mondiale. Ainsi, au-delà de tous les moyens matériels possibles (sanitaires, médicaux, techniques, financiers), de l’ impératif de responsabilité ( toujours être conscient que la contamination des autres peut passer par moi, d’où ma contribution de lui barrer la route) et de devoir de solidarité ( penser au bien des autres autant qu’à moi-même) ; Dieu dans son amour a infusé dans chacun de nous une arme pouvant aider à assumer, à sublimer et à lutter avec confiance afin de sortir la tête haute face à cette pandémie.

En ce temps de crise sanitaire, l’exemple de l’expérience de la vie relationnelle de Jésus avec son Père peut nous être bénéfique pour trouver les moyens nécessaires dans le méandre de cette lutte. Au travers de sa passion, Jésus nous enseigne la meilleure manière de lutter contre tout ce qui peut nous amener à réduire en nous la plénitude de la vie reçue gratuitement de Dieu. Et le maître-mot sera toujours la « confiance ».


[1]NIEME, L.,Fondements de l’impératif d’exister de l’humanité, France, Editions Persée, 2016, p.17

[2]LOMBOLOKA. A., Evangelium Vitae : une culture chrétienne de la vie, in Kola Info,  Revue de l’Equipe Missionnaire  pour l’Evangélisation, Pax Christi, Bièvre, Belgique, 2001, pp.45-60.

[3]Evangelium Vitae, n° 18.


  1. La confiance ne déçoit pas. (Ps. 13. 6)

En exprimant sa confiance en son père, Jésus à lutter jusqu’au prix de sa vie pour que Satan(le mal) ne prenne pas le dessus sur lui.                            Etant une vertu c’est-à-dire ,une aptitude qui concède en nous la capacité d’accomplir ce qui est bien en agissant d’une manière digne devant Dieu, la confiance réduit les limites du doute et d’incertitude pour s’ouvrir à nous-mêmes, aux autres et surtout à Dieu avec sincérité. Raison pour laquelle, la confiance de Jésus l’a conduit sur un chemin de sacrifice réalisé avec amour dans le seul souci de ne pas donner raison à ses détracteurs. Pour illustration: 

  1. Sa tentation par trois fois  au désert (Lc 4,1-13), Jésus va en sortir victorieux au nom de sa confiance toute placée en son père (Jésus lui répondu : « il est dit : tu ne mettras pas à l’épreuve le seigneur ton Dieu » Lc 4,12) ;
  2. Sa trahison par l’un de ses apôtres, certainement qui avait sa confiance parce que gestionnaire de la bourse commune (Mc 14,10-11) ;
  3. Son reniement par celui-là qui solennellement avait reçu de lui la charge de conduire la barque après lui et solennellement avait formulé les vœux de ne pas le trahir (Mc14, 29) ;
  4. Son abandon par tous ceux-là qui ont bénéficié de ses enseignements nouveaux qui ouvrent à la grâce et au salut en scandant : crucifiez-le ! (Mc 15,13) ;
  5. Sa mort sur la croix (Mc 15,34).

Au regard de cette expérience de Jésus, ce qui est déterminant à relever, pouvant soutenir l’expérience de tous ceux qui souffrent suite au Covid-19 , ce n’est pas, sans  nul doute, la souffrance qu’il avait endurée dans son corps et dans son âme mais plus sa capacité de se maintenir ferme dans la confiance totale en son père afin de ne pas annuler toute l’espérance d’Israël d’avoir un Dieu fidèle à son amour (Ps 117,5-7).

Notre acte de foi, ne nous rassure t-il pas que : « Dieu est la vérité même qui ne peut ni se tromper ni nous tromper » ? Si Dieu est toujours fidèle et, en aucun cas, il peut nous tromper ; c’est même la raison d’être de notre vie. Souffrance ou pas, richesse ou pas, maladie ou pas… l’essentiel est de nous savoir aimer jusqu’au moment le plus sombre de notre vie. Car, s’il n’y a plus confiance dans notre vie pourquoi vivons-nous alors ?

Les contingences de la vie étant, Covid-19 par exemple, ne peuvent pas entrainer une limitation de cette richesse de confiance que Dieu dans son amour a infusé en nous. Lui qui a toujours le dernier mot en faveur de tous ceux qui souffrent (Jb 19,25-27). Le manque de confiance, à tout le niveau de la vie, ouvre la porte à une série des frustrations intérieures qui conduisent au désespoir et partant,  à une négation même de la vie comme un don gratuit et merveilleux de Dieu. Plutôt que de perdre espoir, dans la souffrance, l’homme doit se confier au Seigneur ; une occasion de découvrir une de ses vocations humaines, celle de participer à la souffrance rédemptrice du Christ, laquelle souffrance a racheté toutes les souffrances humaines.

Dans sa souveraine majesté, Dieu étant  Dieu, personne ne peut le faire exister selon son entendement. Mais la dimension de notre confiance en lui et de notre espérance en lui offre des horizons nouveaux pour recevoir, par le biais de la foi, la quiétude possible indispensable pour une vie accomplie.

Il est à noter que, la confiance dont il est question, n’est pas à confondre avec l’optimisme qui, du reste, relève de l’espoir ; car l’espoir reposant sur une analyse humaine peut se tromper. Ce faisant, au milieu de cette turpitude donnant  l’impression à l’arrêt du monde, nous sommes tenus à avoir confiance en soi.  De la sorte, notre confiance donnera  une voie d’accès à celle en Dieu rendue possible par une vie d’intimité profonde.

Ce qui nous laisse comprendre que la vraie guérison qui procure la joie et la quiétude est avant tout une guérison intérieure (Ap 3,20). On peut bien souffrir dans son corps mais tout en restant serein et épanouit dans sa vie, et dédouané de la peur qui limiterait toutes les possibilités d’une guérison extérieure (physique). C’est là que Dieu se réalise comme Père bon et aimant (Is 65,19-20) ; cet accompagnateur silencieux ou ce médecin invisible qui souffre avec le souffrant, qui compatit, qui chemine et qui guérit dans un silence silencieux. Et, qui lui ouvre son cœur, le verra présent toujours au rendez-vous.

  1. Conclusion.

Dans quelle ligne s’inscrit notre exposé face aux défis de la situation sanitaire de l’heure ?

  • Conscient de la gravité de la  pandémie du covid-19 avec ses conséquences très fâcheuses qui secoue le monde, il est plus qu’urgent que chacun selon ses capacités puisse être capable de justifier sa confiance en Dieu et son espérance de voir vaincu cette pandémie devant ceux qui nous en demandent avec raison.

En d’autre registre de langage, ne nous laissons pas aller au découragement et ne renonçons pas à l’espérance.

  • D’où, l’impératif de la responsabilité et le devoir de solidarité incombent à nous tous si nous voulons dans un bref avenir redorer la joie de vivre dans les cinq coins du monde et d’affirmer avec certitude : Seigneur ton amour est sur nous comme notre espérance est en toi…

Père Jean-Bosco Kiabilua Landana, Omi

14 h 40 min - Publié par Anne Godbout

4 Responses to “« Que ton amour soit sur nous comme notre espérance est en toi ». (Ps. 32)”

  1. André Lomboloka dit :

    L’ article du Père Jean Bosco nous est apparu une invitation à nous confier au Seigneur, source d’ espérance, en ce temps du crise sanitaire consécutive à la covid-19.

  2. Tomás Tandu Seke dit :

    Dieu est l’espérance de notre vie. Quand nous sommes abattus tout au fond de nous, c’est Lui qui connaît notre sentier. Que l’homme ouvre son coeur au Seigneur en vue de se reconnaître faible malgré toutes ses découvertes. Pensons une fois de plus à un virus plus dangéreux que le Covid-19, qui est la « Guerre ». Si le monde peut s’arrêter et prendre des mesures préventives contre « l’ennimi visible »(la Guerre), le développement retrouverait sa vraie valeur qui est la « PAIX ». Seigneur que ton amour soit sur nous, comme notre espoir est en Toi.



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